Climat : un sommet tourne court faute d’accord entre les grandes puissances sur le calendrier

C’est un coup d’arrêt inédit pour la diplomatie climatique mondiale. Réunis du 12 au 16 octobre 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour leur 65e session plénière, les 195 États membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) se sont séparés sur un constat de crise. Faute de consensus, le président de l’organisation, Jim Skea, a dû suspendre la réunion sans qu’aucun accord ne soit trouvé sur le calendrier des prochains rapports scientifiques majeurs (le cycle AR7).

Au cœur de cette paralysie politique se trouve une guerre de dates cruciale pour l’avenir de l’Accord de Paris. Les gouvernements devaient fixer les échéances de publication des trois prochains volets de l’évaluation scientifique mondiale.
Une coalition de 35 pays développés et de petites nations insulaires vulnérables, menée notamment par la France et le Canada, exigeait que les rapports soient finalisés d’ici 2028.

Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle correspond au deuxième « Bilan mondial » de l’ONU, le moment où la communauté internationale doit évaluer ses efforts de réduction des gaz à effet de serre et ajuster ses trajectoires de transition. Pour ces pays, négocier en 2028 sans données scientifiques fraîches et réactualisées revient à piloter à l’aveugle.

Le blocage des grands émergents

Face à cette urgence, un front d’opposition mené par de grandes puissances émergentes et pétrolières dont l’Inde, la Chine, l’Arabie saoudite et la Russie a fait bloc pour ralentir le processus. Ces États ont exigé un calendrier étalé jusqu’en 2029, rendant les rapports obsolètes pour les grandes décisions de 2028.

Pour justifier cette position, la Chine et l’Inde ont mis en avant la nécessité de donner plus de temps aux chercheurs des pays en développement afin qu’ils participent pleinement aux travaux. Un argument balayé par les défenseurs de l’urgence climatique, qui y voient plutôt une manœuvre politique pour retarder les conclusions scientifiques dérangeantes et diluer les responsabilités face aux énergies fossiles.

Crise budgétaire et réformes en suspens

Cette impasse sur le calendrier éclipse les autres dossiers brûlants que le GIEC devait régler à Addis-Abeba. L’organisation scientifique traverse une crise financière sévère, les contributions volontaires des États ne couvrant actuellement qu’environ un tiers du budget nécessaire pour faire tourner la machine éditoriale.

Le blocage paralyse également la mise en œuvre de nouveaux travaux très attendus, comme le rapport spécial sur le changement climatique et les villes prévu pour 2027, ainsi que l’intégration cruciale de l’intelligence artificielle dans les futures modélisations climatiques.

En quittant la capitale éthiopienne sans feuille de route, le GIEC envoie un signal inquiétant à la communauté internationale. Alors que les catastrophes climatiques s’accélèrent à travers le globe, la science vient officiellement de se heurter au mur de la géopolitique. Les discussions se sont terminées dans une impasse totale.

Le président du GIEC, Jim Skea, a dû suspendre la réunion sans fixer de nouvelle date pour la reprise des négociations. Les pays membres n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le moment où ils se réuniront à nouveau pour tenter de débloquer ce calendrier essentiel.

Mulebourg

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