RDC : le gouvernement lance une mission d’évaluation des forages du contrat STEVER à Kisangani après des mois de polémique
Après plusieurs mois de controverses judiciaires et politiques autour du contrat STEVER CONSTRUCT, le gouvernement de la République démocratique du Congo a entamé une nouvelle phase du dossier : l’évaluation technique des infrastructures déjà réalisées sur le terrain. Une délégation gouvernementale séjourne actuellement à Kisangani, afin d’inspecter les forages et stations de traitement d’eau construits dans le cadre de ce vaste programme d’accès à l’eau potable.
La mission est menée par une commission interministérielle mise en place sur instruction de la Première ministre Judith Suminwa. Elle est présidée par le ministre d’État au Développement rural, Grégoire Mutshail Mutomb.
Arrivée mercredi 6 mai à Kisangani, la délégation est conduite sur place par le directeur de cabinet adjoint du ministère du Développement rural, Me Kasongo Banga. Après une séance de travail avec les autorités provinciales, notamment le vice-gouverneur de la Tshopo, il a expliqué les objectifs de cette mission gouvernementale.
« La population de Kisangani et des environs, comme partout sur le territoire national, éprouve des difficultés d’approvisionnement en eau. C’est pourquoi le gouvernement fournit tous ces efforts pour résorber ces difficultés. Nous sommes ici pour évaluer ce qui a été fait et projeter l’avenir », a-t-il déclaré.
Selon les responsables du projet, une vingtaine de forages et de stations de traitement d’eau ont déjà été réalisés à Kisangani dans le cadre du programme. Ces infrastructures visent à améliorer l’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers confrontés à des pénuries chroniques et aux difficultés de desserte de la REGIDESO.
Une mission pour évaluer les infrastructures déjà réalisées
L’objectif principal de cette mission est d’évaluer l’état réel des ouvrages construits avant leur éventuelle réception définitive par l’État congolais. Les autorités souhaitent également identifier les besoins restants afin de permettre la poursuite du financement des stations encore inachevées dans plusieurs provinces du pays.
Le dossier STEVER reste l’un des projets publics les plus controversés de ces dernières années en RDC. Il avait rapidement suscité de vives critiques de la part de plusieurs organisations de la société civile, notamment l’ODEP et la LICOCO, qui dénonçaient des soupçons de surfacturation, des irrégularités dans la procédure de passation du marché ainsi que des risques de détournement de fonds publics.
Ces accusations avaient conduit à l’ouverture d’enquêtes judiciaires et à un procès très médiatisé devant la Cour de cassation. En février 2025, l’ancien ministre du Développement rural, François Rubota, avait été condamné à trois ans de prison pour conflit d’intérêts, tandis que l’homme d’affaires Mike Kasenga avait été acquitté des accusations de détournement.
Le gouvernement veut relancer le programme d’accès à l’eau
Malgré cette longue bataille judiciaire, l’entreprise affirme avoir poursuivi les travaux sur plusieurs sites du pays. Selon différentes sources proches du consortium, plus de 150 stations auraient déjà été construites ou seraient en cours de finalisation dans plusieurs provinces.
À Kisangani, le PDG de STEVER CONSTRUCT a réaffirmé sa volonté de poursuivre le projet en collaboration avec les autorités congolaises.
« Que l’État puisse nous désigner de nouveaux sites pour que nous puissions poursuivre les travaux. Nous sommes bien disposés à achever les travaux », a déclaré Mike Kasenga.
La commission dépêchée à Kisangani comprend des représentants de la Présidence de la République, de la Primature ainsi que des ministères de la Justice et du Développement rural. Après l’étape de la Tshopo, la mission devrait se poursuivre dans plusieurs autres provinces afin d’établir un état des lieux global du programme national de forages.
Pour le gouvernement congolais, cette opération d’évaluation vise à tourner progressivement la page des polémiques judiciaires et à recentrer le débat sur la question cruciale de l’accès à l’eau potable, un défi majeur pour des millions de Congolais vivant dans les zones urbaines, périurbaines et rurales.
Ben Tshokuta



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