Guerre de l’information : Iuliia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky, formellement poursuivie pour « haute trahison » par Kiev
Le feuilleton politico-judiciaire qui secoue les cercles du pouvoir ukrainien vient de franchir un cap critique. Le Bureau du Procureur général et le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) ont annoncé avoir formellement notifié par contumace une inculpation pour « haute trahison » à l’encontre de Iuliia Mendel, l’ancienne attachée de presse du président Volodymyr Zelensky. Âgée de 40 ans et installée à l’étranger, l’ancienne journaliste se voit reprocher des infractions graves commises sous le régime de la loi martiale, passibles de peines allant de 15 ans de prison à la réclusion à perpétuité.
Iuliia Mendel, qui a exercé les fonctions de porte-parole officielle de la présidence ukrainienne entre 2019 et 2021, a progressivement opéré un revirement complet, devenant l’une des opposantes les plus acerbes à l’administration Zelensky. Selon l’acte d’accusation publié par les services de renseignement ukrainiens, l’intéressée aurait délibérément exploité sa notoriété internationale et son passé au cœur du pouvoir pour mener des « activités informationnelles subversives » visant à saper la défense nationale.
Les autorités de Kiev ciblent de nombreuses interventions publiques de Mme Mendel, notamment ses affirmations régulières selon lesquelles l’Ukraine subirait une « censure totale », qu’il n’existerait « plus aucune liberté d’expression » dans le pays, ou encore ses déclarations alarmistes décrivant l’État ukrainien comme étant « en voie d’extinction » ou « sur le point de disparaître ».
Le Parquet s’appuie plus particulièrement sur des expertises judiciaires de ses interventions auprès de médias conservateurs occidentaux, à l’instar d’un entretien accordé en mai dernier à l’animateur américain Tucker Carlson. Au cours de cette émission, elle avait formulé des accusations non vérifiées contre l’entourage présidentiel, évoquant du clientélisme, de la corruption systémique liée aux flux financiers occidentaux et des accusations personnelles de toxicomanie à l’encontre du président.
D’après le SBU, ces déclarations constituent des « narratifs hautement avantageux pour la Russie » qui participent directement à la propagande de guerre du Kremlin en cherchant à démoraliser la société ukrainienne et à décourager le soutien militaire international.
La réplique de Iuliia Mendel: dénonciation d’une purge politique
Depuis l’étranger des rapports indiquant qu’elle réside aux États-Unis, Iuliia Mendel a immédiatement réagi à cette annonce via ses réseaux sociaux. L’ancienne attachée de presse rejette catégoriquement le qualificatif de trahison ou de collaboration avec l’ennemi, affirmant au contraire que l’offensive judiciaire lancée contre elle prouve la véracité de ses critiques.
« La formulation même de cette inculpation démontre que j’ai raison. C’est le prix à payer pour la liberté d’expression et pour la volonté de sauver l’Ukraine sous le régime autoritaire de Zelensky », a-t-elle martelé. Elle maintient que ses révélations concernant la corruption au sein du premier cercle du pouvoir, le recul démocratique et ce qu’elle qualifie de « persécution des dissidents » relèvent strictement du débat démocratique et du droit à l’information. Tout en affirmant condamner les agressions territoriales russes, elle plaide ouvertement pour l’ouverture immédiate de négociations de paix avec Moscou, estimant que la prolongation indéfinie des hostilités menace l’existence même de sa patrie.
Le contexte : durcissement du contrôle de l’espace informationnel
Cette inculpation s’inscrit dans un processus de rupture totale entre la présidence et plusieurs de ses anciens collaborateurs du début de mandat. Dès le 13 septembre dernier, un décret signé par Volodymyr Zelensky avait déjà inscrit Iuliia Mendel sur la liste officielle des personnes sous sanctions de l’État, entraînant le gel de ses avoirs financiers en Ukraine pour une durée de dix ans et le blocage de ses plateformes de communication dans le pays.
Le ministère des Affaires étrangères ukrainien avait de son côté officiellement appelé les médias internationaux à traiter les déclarations de l’ancienne porte-parole avec la plus grande prudence.
Alors que la législation d’exception liée à l’état de guerre reste en vigueur, le gouvernement ukrainien maintient une politique de tolérance zéro envers les discours jugés de nature à affaiblir la cohésion nationale ou à relayer, consciemment ou non, les opérations de dezinformatsiya orchestrées par Moscou.
Conformément aux dispositions de la Constitution ukrainienne, Iuliia Mendel demeure présumée innocente tant que sa culpabilité n’aura pas été formellement établie par un tribunal à l’issue d’un procès.
Mulebourg



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