Elon Musk veut remplacer les avions par des fusées : New York-Shanghai en seulement 39 minutes
Imaginez quitter New York et arriver à Shanghai en moins d’une heure, sans passer une quinzaine d’heures dans un avion. C’est précisément la promesse du concept « Earth-to-Earth » développé autour de Starship, la gigantesque fusée de SpaceX. L’idée est d’utiliser un véhicule spatial non pas pour rejoindre une orbite ou une autre planète, mais pour transporter rapidement des passagers d’un point à un autre de la Terre grâce à un vol suborbital.
Le principe est relativement simple : Starship décollerait d’une plateforme située à proximité d’une grande ville, monterait rapidement au-dessus de l’atmosphère, parcourrait une grande partie de son trajet dans l’espace avant de redescendre vers sa destination. La fusée pourrait atteindre une vitesse maximale d’environ 27 000 km/h, très largement supérieure à celle d’un avion commercial classique.
À une telle vitesse, les distances qui paraissent aujourd’hui considérables pourraient être parcourues en quelques dizaines de minutes. Le trajet de New York à Shanghai, qui demande actuellement environ 15 heures d’avion, pourrait ainsi se faire en seulement 39 minutes avec Starship. De la même façon, Londres-Hong Kong passerait de près de 12 heures à 34 minutes, tandis qu’un voyage entre Los Angeles et Toronto ne prendrait plus que 24 minutes au lieu d’environ 4 heures.
Ces chiffres ne signifient toutefois pas que Starship volerait à 27 000 km/h pendant toute la durée du trajet. Une fusée doit d’abord accélérer, atteindre une trajectoire suborbitale, puis ralentir et effectuer sa rentrée atmosphérique avant de se poser. La vitesse maximale annoncée correspond donc à une phase du voyage et non à une vitesse constante.
C’est justement ce mode de déplacement qui permettrait de réduire considérablement les temps de transport. Contrairement à un avion, Starship ne resterait pas à quelques kilomètres d’altitude pendant l’essentiel du trajet. Une grande partie de son parcours se déroulerait au-dessus de l’atmosphère, où la résistance de l’air est fortement réduite. La fusée pourrait alors parcourir plusieurs milliers de kilomètres sur une trajectoire suborbitale avant de revenir vers la Terre.
Sur le papier, le changement serait spectaculaire. Un trajet qui nécessite aujourd’hui une journée entière de déplacement pourrait être réduit à moins d’une heure. Mais entre cette vision et la possibilité de transporter quotidiennement des milliers de passagers, les obstacles restent considérables.
Bruit, sécurité et contraintes physiques : les grands défis de Starship
Le premier problème concerne le décollage. Starship n’est pas un avion de ligne et son lancement produit un niveau de bruit et d’énergie considérable. Pour limiter les nuisances autour des zones habitées, les infrastructures destinées à accueillir de tels vols pourraient devoir être installées loin des centres urbains, notamment sur des plateformes en mer. Les passagers devraient alors rejoindre ces installations par bateau ou éventuellement par hélicoptère, ce qui ajouterait une étape au voyage.
Le confort des passagers constitue également un défi majeur. Un décollage de fusée implique des accélérations importantes et donc des forces G auxquelles les voyageurs d’un avion commercial ne sont pas habitués. Le vol comporterait également une phase de micropesanteur pendant laquelle les passagers devraient rester attachés afin d’éviter de se déplacer dans la cabine.
La descente représenterait une autre phase particulièrement délicate. Après avoir parcouru une grande distance à très haute vitesse, Starship devrait rentrer dans l’atmosphère, supporter les températures extrêmes liées à cette rentrée, ralentir puis effectuer un atterrissage contrôlé. Cette succession de manœuvres devra être extrêmement fiable avant d’envisager son utilisation pour le transport régulier de passagers.
La sécurité est probablement l’un des obstacles les plus importants. L’aviation commerciale repose sur des décennies de développement et sur des normes de sécurité extrêmement strictes. Un système de transport par fusée devrait atteindre un niveau de fiabilité comparable avant de pouvoir être accepté comme moyen de transport grand public. La moindre défaillance lors du décollage, du vol ou de la rentrée pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves que dans l’aviation classique.
Le coût constitue un autre frein. Même si SpaceX parvenait à rendre Starship entièrement réutilisable et à réduire fortement le coût de chaque lancement, transporter des passagers par fusée nécessiterait des infrastructures complexes, des plateformes spécialisées et des opérations de sécurité beaucoup plus importantes que celles d’un aéroport traditionnel. Les premiers billets seraient donc probablement très coûteux et réservés à une clientèle particulièrement fortunée.
La question environnementale reste elle aussi ouverte. Starship utilise du méthane et de l’oxygène liquides comme ergols. Même si le système est conçu pour être réutilisable, multiplier les lancements nécessaires à un service commercial mondial poserait des questions importantes sur les émissions, la consommation de carburant et les effets des lancements répétés sur l’environnement.
Pour toutes ces raisons, le projet Earth-to-Earth doit encore être considéré comme une vision de long terme plutôt que comme une alternative imminente aux avions de ligne. SpaceX doit d’abord démontrer la fiabilité, la réutilisation et la cadence de lancement de Starship avant même de pouvoir envisager son adaptation au transport de passagers.
À terme, si ces obstacles sont surmontés, le concept pourrait néanmoins bouleverser la manière dont les humains envisagent les voyages longue distance. Un New York-Shanghai en 39 minutes, un Londres-Hong Kong en 34 minutes ou un Los Angeles-Toronto en 24 minutes changeraient complètement la notion de distance entre les grandes métropoles mondiales.
Mais avant d’en arriver là, Starship devra d’abord prouver qu’une fusée capable de transporter du matériel dans l’espace peut devenir suffisamment fiable, confortable et économique pour transporter des êtres humains d’une ville à l’autre. Le rêve d’un voyage intercontinental en quelques dizaines de minutes est donc bien réel dans les plans présentés autour de Starship, mais sa transformation en service commercial reste encore un défi technologique et économique majeur.
Rédaction



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