Cinéma et souveraineté : l’Alliance des États du Sahel (AES) prépare sa riposte culturelle face à Hollywood

Longtemps dominée par l’industrie cinématographique occidentale, et particulièrement par Hollywood où le récit traditionnel met presque systématiquement en scène des héros américains triomphant de tous les combats, l’industrie du septième art s’apprête à voir émerger un nouveau narratif. Les nations d’Afrique de l’Ouest, regroupées au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont décidé de reprendre le contrôle de leur propre histoire.

Un projet cinématographique d’envergure se dessine pour valoriser l’histoire, les traditions et les cultures sahéliennes, portées par des figures locales et ancrées dans les réalités de la région. Intitulé Kikidéni Dunuya, ce long-métrage marque une étape majeure dans la coopération culturelle interétatique.

Une coproduction historique entre le Mali et le Burkina Faso

Né d’une volonté politique et artistique de rapprochement entre les peuples de l’AES, Kikidéni Dunuya est une coproduction d’envergure associant deux structures piliers du cinéma ouest-africain : la maison burkinabè Jovial’Productions, dirigée par la figure emblématique Aminata Diallo Glez (célèbre pour son rôle de Kadi Jolie), et le collectif malien Groupe Walaha.

Ce projet s’inscrit en ligne droite de la dynamique de refondation et de souveraineté portée par les autorités de transition de la région. En faisant du grand écran un véritable espace de dialogue, de partage et de rencontre, le film entend proposer une alternative concrète aux fictions étrangères pour dépeindre le Sahel sous un angle authentique, loin des clichés misérabilistes ou exclusivement axés sur les conflits sécuritaires.

Le calendrier de production de cette œuvre d’intégration sahélienne est d’ores et déjà fixé. Au mois de novembre, l’équipe technique entamera les premières phases de repérages des décors et pour avant de lancer le tournage prévu au début de l’année 2027 au Mali. Le film promet d’offrir une véritable immersion visuelle à travers le Mali. Les caméras se poseront notamment dans des localités stratégiques et chargées d’histoire notamment à Koulikoro, Siby (haut lieu du patrimoine mandingue) et Bamako, la capitale.

À travers ces décors naturels, Kikidéni Dunuya ambitionne de dévoiler au monde la diversité des paysages sahéliens, la profondeur des patrimoines locaux, la richesse des expressions culturelles et la complexité des réalités sociales contemporaines.

De la satire télévisuelle au grand écran sahélien

Le nom « Kikidéni » résonne déjà fortement auprès du public ouest-africain. Il fait directement écho à la série culte Bienvenue à Kikidéni, un triptyque satirique et humoristique qui, depuis sa création originelle en 2005 par Aminata Diallo Glez et Hervé Eric Lengani, dissèque avec brio la vie d’un village imaginaire face aux défis de la modernité, de la tolérance interreligieuse et de la cohésion sociale.

Avec Kikidéni Dunuya, l’univers passe de la lucarne de télévision au format grand écran. L’œuvre entend capitaliser sur cette expertise pour proposer un récit de souveraineté culturelle. L’objectif affiché est clair : prouver que le Sahel dispose des compétences techniques, des talents artistiques et de la légitimité historique nécessaires pour scénariser ses propres victoires et célébrer ses propres héros.

Mulebourg

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