Dialogue national inclusif en RDC : une nouvelle page politique s’ouvre, mais la question Joseph Kabila reste entière

Le président Félix Tshisekedi a officiellement relancé l’idée d’un dialogue national inclusif, présenté comme un cadre de concertation destiné à renforcer la cohésion nationale dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays, les tensions politiques et les défis institutionnels. Cette initiative, annoncée après une rencontre avec les principales confessions religieuses, vise à rassembler les différentes composantes de la nation afin de rechercher des solutions consensuelles aux crises que traverse la République démocratique du Congo.

Un dialogue pour rassembler les Congolais

Selon les déclarations de la Présidence, ce dialogue se veut national, inclusif et apaisé. L’objectif est de permettre aux acteurs politiques, aux confessions religieuses, à la société civile ainsi qu’aux autres forces vives de discuter des grands défis du pays, notamment la sécurité, la gouvernance, la cohésion nationale et la stabilité des institutions.

Le cardinal Fridolin Ambongo, s’exprimant au nom des confessions religieuses après les échanges avec le chef de l’État, a indiqué que les modalités pratiques de cette initiative seraient précisées progressivement. L’idée est de créer un espace où les Congolais pourront dialoguer afin de rechercher des solutions durables aux différentes crises que connaît le pays.

Que signifie réellement un dialogue « inclusif » ?

Dans le contexte congolais, le terme « inclusif » signifie qu’aucune composante majeure de la vie nationale ne devrait être exclue des discussions. En principe, un tel dialogue pourrait réunir la majorité présidentielle, les partis d’opposition, les confessions religieuses, les organisations de la société civile, les représentants des jeunes et des femmes ainsi que d’autres personnalités nationales.

Toutefois, au 18 juillet 2026, la Présidence n’a pas encore publié la liste officielle des participants ni les critères de participation. Cette absence de précisions alimente déjà de nombreuses interrogations dans la classe politique.

Joseph Kabila, la principale inconnue

Parmi les nombreuses questions qui émergent, une domine les débats : Joseph Kabila pourrait-il participer à ce dialogue ?

La question est particulièrement sensible en raison de la situation judiciaire de l’ancien président.

Depuis plusieurs mois, les relations entre le pouvoir de Félix Tshisekedi et Joseph Kabila se sont fortement dégradées. Les autorités congolaises accusent l’ancien chef de l’État d’avoir entretenu des liens avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23, des accusations que son entourage rejette. Après la levée de son immunité, Joseph Kabila a été poursuivi devant la Haute Cour militaire pour plusieurs chefs d’accusation, notamment la trahison, la participation à un mouvement insurrectionnel, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Il a finalement été condamné par contumace, tandis que le gouvernement considère qu’il vit désormais en exil.

Cette situation crée un véritable paradoxe politique.

D’un côté, le principe même d’un dialogue national inclusif laisse entendre que toutes les sensibilités politiques devraient pouvoir être entendues.

De l’autre, le gouvernement a toujours affirmé que la justice poursuivrait son travail sans compromis et qu’il ne saurait être question de négocier avec les personnes accusées d’avoir porté atteinte à la souveraineté nationale. Félix Tshisekedi a d’ailleurs réaffirmé que la paix ne pouvait pas se construire au prix de l’impunité.

Une participation difficile mais pas totalement impossible

À ce stade, rien n’indique officiellement que Joseph Kabila sera invité.

Plusieurs observateurs estiment que sa participation physique paraît difficile, compte tenu de sa condamnation, de son exil et des poursuites engagées contre lui. D’autres rappellent toutefois que l’histoire politique de la RDC est jalonnée de dialogues ayant réuni des personnalités auparavant opposées ou poursuivies, au nom de la recherche de la paix.

Le débat est d’autant plus vif que, depuis plusieurs mois, certains leaders de l’opposition, dont Joseph Kabila, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Delly Sesanga, ont publiquement plaidé en faveur d’un dialogue intercongolais pour résoudre la crise politique et sécuritaire.

Cependant, en février 2026, Félix Tshisekedi avait également précisé que le dialogue devait se tenir sur le territoire congolais et non à l’étranger, une déclaration interprétée par plusieurs médias comme compliquant davantage une éventuelle participation physique de Joseph Kabila, installé hors du pays.

Les précédents en RDC

La RDC n’en est pas à son premier dialogue politique.

Le pays a déjà connu plusieurs processus de concertation nationale, notamment le Dialogue intercongolais de Sun City, les Concertations nationales de 2013 ainsi que l’Accord de la Saint-Sylvestre de 2016, négocié sous la médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Ces expériences avaient pour objectif de réduire les tensions politiques et de préserver la stabilité du pays, avec des résultats variables.

Ces précédents montrent que les dialogues nationaux en RDC soulèvent souvent la même question : faut-il privilégier une participation la plus large possible ou fixer des limites en fonction des procédures judiciaires et des responsabilités politiques ?

Un exercice à haut risque

Le succès du futur dialogue dépendra largement de sa capacité à convaincre l’ensemble des acteurs politiques de participer.

S’il parvient à réunir les principales forces politiques et sociales, il pourrait contribuer à réduire les tensions internes et à dégager une vision commune face aux défis sécuritaires, économiques et institutionnels.

En revanche, si plusieurs acteurs majeurs restent à l’écart, notamment une partie importante de l’opposition, certains observateurs craignent que les conclusions du dialogue soient contestées avant même leur mise en œuvre.

À ce jour, le gouvernement n’a pas encore dévoilé le calendrier officiel, les modalités de participation ni la liste définitive des invités. Une chose est néanmoins certaine : la question de la participation ou non de Joseph Kabila constituera l’un des principaux tests de ce dialogue national inclusif, tant sur le plan politique que juridique.

Rédaction

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