Un mystérieux groupe pro-iranien revendique des attaques en Europe

Un groupe obscur se présentant comme proche de l’Iran affirme être à l’origine d’une série d’attaques récentes visant des communautés juives ainsi que des intérêts américains en Europe, rapporte Reuters. Pourtant, derrière ces revendications inquiétantes, de nombreux experts évoquent la possibilité d’une organisation fictive, utilisée comme écran dans une stratégie plus large.

Selon plusieurs messages diffusés sur des réseaux sociaux liés à des milices pro-iraniennes, ces actions incluent notamment l’incendie volontaire d’ambulances appartenant à une organisation juive au Royaume-Uni, l’explosion d’un engin devant une synagogue en Belgique, ainsi qu’un projet d’attentat déjoué contre un bureau de Bank of America en France.

Le groupe se fait appeler Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia (HAYI), que l’on peut traduire par « Mouvement islamique des compagnons de la droite vertueuse ». Problème : cette organisation n’était totalement inconnue jusqu’à une date très récente. Elle n’est apparue en ligne qu’au début du mois de mars, peu après le déclenchement du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.

D’après une analyse du Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), basé à La Haye, aucune trace du groupe n’existe avant le 9 mars, date à laquelle un premier message a été repéré sur une chaîne Telegram. Depuis, ses revendications se sont multipliées, relayées par des canaux proches de l’écosystème pro-iranien, notamment sur Telegram et sur le réseau X.

Une organisation contestée et des soupçons de guerre hybride

Pour Thomas Renard, directeur de l’ICCT et spécialiste du contre-terrorisme, plusieurs éléments interrogent. Il souligne notamment la synchronisation des publications et leur diffusion coordonnée, qui suggèrent une organisation structurée en arrière-plan. Selon lui, il existe « de nombreux indices » laissant penser que le groupe pourrait ne pas être authentique.

Les soupçons vont plus loin. Certains experts estiment que cette structure pourrait être liée, directement ou indirectement, à un État. L’Iran est souvent cité comme le principal suspect, même si aucune preuve formelle n’a été établie à ce stade. L’hypothèse d’une opération indirecte, visant à brouiller les pistes, reste privilégiée.

Un autre élément attire l’attention des analystes : la qualité approximative des contenus produits par le groupe. Des erreurs dans l’écriture arabe de son nom, visibles sur son logo et dans ses vidéos, renforcent l’idée qu’il ne s’agit pas d’une organisation terroriste expérimentée et autonome, mais plutôt d’une façade.

Les spécialistes établissent également un parallèle avec les méthodes déjà observées dans d’autres contextes, notamment en Europe de l’Est. La Russie a, ces dernières années, été accusée d’avoir recours à des opérations dites hybrides, reposant sur le recrutement d’individus via internet pour mener des actions de sabotage. Ces exécutants agissent souvent sans connaître les véritables commanditaires et pour des rémunérations limitées.

Ce modèle pourrait désormais être repris par d’autres puissances. L’Iran, qui a historiquement soutenu divers groupes armés à l’étranger, pourrait s’inscrire dans cette logique en multipliant les intermédiaires afin de préserver un déni plausible en cas d’accusation.

Sur le terrain, les enquêtes se poursuivent. Les autorités européennes analysent les éléments recueillis auprès des suspects arrêtés, notamment leurs équipements numériques, afin de déterminer d’éventuelles connexions avec des réseaux plus larges.

Au cours des deux dernières années, la menace liée à l’Iran en Europe semble avoir gagné en intensité. Plusieurs incidents, allant d’actes d’intimidation à des tentatives d’assassinat, ont été signalés dans différents pays, notamment aux Pays-Bas, en Suède et en Espagne.

Les cibles de ces opérations sont variées : opposants politiques en exil, membres de la diaspora iranienne, mais aussi, de plus en plus, des sites liés à Israël et aux communautés juives. Cette évolution inquiète les services de sécurité, qui redoutent une extension du spectre des attaques.

Une menace croissante en Europe et des enquêtes en cours

Même en l’absence de certitude sur l’existence réelle du groupe HAYI, les autorités européennes prennent la situation très au sérieux. En Belgique, le niveau de menace terroriste reste fixé à un niveau élevé, avec une vigilance renforcée autour des intérêts israéliens, juifs, américains et iraniens.

Les services de sécurité rappellent que l’Iran a déjà démontré sa capacité à mener des opérations en Europe, directement ou via des intermédiaires. Cette expérience renforce la crédibilité des inquiétudes actuelles.

Depuis son apparition début mars, HAYI affirme avoir mené ou inspiré des actions dans plusieurs pays, dont les Pays-Bas, la Belgique, la France et le Royaume-Uni. À Rotterdam, une explosion devant une synagogue a causé des dégâts matériels. À Amsterdam, une école juive a été visée par une attaque qui a endommagé une partie du bâtiment.

Aux Pays-Bas, les autorités évoquent la possibilité que les auteurs aient été recrutés, sans exclure une implication indirecte de l’Iran. En France, les enquêteurs s’intéressent à un projet d’attentat visant un site de Bank of America à Paris, potentiellement lié à ce réseau.

Au Royaume-Uni, l’incendie de plusieurs ambulances appartenant à une organisation caritative juive a également été revendiqué. Les autorités britanniques affirment prendre très au sérieux toute menace liée à des acteurs soutenus par l’Iran, sans commenter les éléments de renseignement en cours.

De son côté, Europol met en garde contre une augmentation des attaques opportunistes de faible ampleur. L’agence souligne l’importance de détecter précocement les projets, notamment ceux portés par des individus isolés, souvent difficiles à identifier.

Israël a également réagi en renforçant ses recommandations de sécurité pour ses ressortissants à l’étranger. Les autorités évoquent une hausse significative des menaces visant des intérêts israéliens et des sites juifs à travers le monde.

Toutefois, tous les incidents récents ne semblent pas liés à ce groupe. En Turquie, une attaque armée près du consulat israélien à Istanbul a été attribuée à l’organisation État islamique, après une intervention des forces de l’ordre ayant fait un mort et plusieurs blessés.

D’autres tentatives d’attaques contre des représentations israéliennes avaient déjà été signalées auparavant, notamment en Suède. Certaines enquêtes avaient évoqué l’implication de réseaux criminels agissant pour le compte de l’Iran, une accusation que Téhéran avait formellement rejetée.

Par ailleurs, aux États-Unis, plusieurs actes violents récents ont été attribués à des individus isolés, influencés par des idéologies radicales. Les autorités américaines ont également annoncé avoir démantelé des sites internet utilisés pour diffuser de la propagande et cibler des opposants.

Pour de nombreux experts, ces événements illustrent une tendance plus large : les opérations hybrides deviennent progressivement un mode d’action privilégié par certains États. Moins coûteuses, plus difficiles à tracer, elles permettent de mener des actions tout en limitant les risques de confrontation directe.

Dans ce contexte, la menace pourrait continuer à évoluer. Tant que les tensions au Moyen-Orient persistent, les spécialistes estiment que les risques d’actions indirectes, notamment contre des intérêts israéliens et américains, pourraient encore s’intensifier dans les mois à venir.

Rédaction

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